01.08.03   J'étais comme fou avec cette chanson. Frédéric m'a envoyé la musique pour un autre texte, mais tout de suite j'ai vu qu'elle collait à mon désir urgent de ce texte que j'avais là depuis quelques jours, en moi, que j'ai écrit très vite au matin, en rentrant, et très vite comme je n'avais pas dormi je me suis retrouvé seul, épouvantablement seul avec la naissance de cette chanson, personne à qui la chanter, alors j'ai attendu une heure décente pour appeler Mathieu, et je lui ai fait la chanson comme ça, la première idée de la chanson par téléphone, avec le piano de Frédéric par téléphone ; et puis après, très vite, tout le monde a été bouleversé par cette chanson, j'y suis revenu toute la journée à la travailler, encore avec Mathieu au téléphone un tour de cadran plus tard, à une heure du matin, à lui chanter, et toute la journée à chanter cette chanson pour dépasser le manque, la tristesse de l'absence, la vie mal faite, enfin encore à deux heures du matin et soudain un coup de sonnette ! Je me précipite à la porte. L'ouvre. C'est mon voisin du dessous. - Vous vous rendez-compte de l'heure ?" me dit-il avec violence d'autant que je suis vraiment très discret comme voisin, comme personne, enfin vraiment je fais toujours attention à ne pas déranger, le plus spectral possible, alors j'ai un peu une tête ahurie, et puis je suis encore dans la chanson, dans la fragilité du travail fou, épuisant, de la journée de cette chanson, et le voisin hausse les épaules, fait demi-tour, se retourne dans l'escalier, et me lance du ton le plus méprisant qui soit : - Je ne sais pas si vous savez, mais il y a des gens qui travaillent !"    

 

03.08.03   Je connais tout des livres et des choses, toutes les histoires des hommes et des tableaux du Louvre, et je sais aussi beaucoup de secrets. Je sais où finissent les girafes qui s'échappent du zoo (rue S.) Je sais que les poissons rouges n'ont pas de mémoire et pensent que leurs tours de bocal équivalent à quatre cent kilomètres sur la nationale 7 par circulation fluide en direction du sud. Je sais que les coquillages qui ont une forme de peigne s'appellent tout simplement "les peignes". Je sais que quand on fait de l'escalade on ne pense plus à rien sauf à sauver sa peau, et que c'est ça qui est bien, dans l'escalade. Je sais que lorsqu'on laisse tomber à vitesse normale, enfin je veux dire à une vitesse plus rapide qu'un baiser donné sur des lèvres consentantes, un cachet de vitamines C dans un grand verre d'eau, on entend le chant des cigales, qui n'est pas un chant triste même s'il ne dure qu'une saison. Je ne sais pas, par contre, pourquoi le temps passe si vite avec elle, pourquoi sa présence à mes côtés abolit la course du temps, il est tout d'un coup 22 h, puis 1h, puis 5 h du matin, et pas forcément dans l'ordre d'ailleurs, je ne sais pas pourquoi le temps passe si vite lorsque nous sommes ensemble, pourquoi elle met si longtemps à venir, et d'un coup d'un seul c'est déjà l'heure où elle s'en va.  

 

04.08.03   Ce soir ça ne va pas du tout. Atterré par ce que la vie donne et reprend. Marre que ce soient toujours les crapules qui tirent les ficelles, ceux qui n'ont ni scrupules ni conscience, du mépris plein le coeur et la bouche qui mènent le jeu, qui pourrissent la vie en toute insouciance. Ca me rend dur. Ce n'est pas bien, mais je n'ai aucune compassion pour ça. Si peu de gestes, si peu de moments de grâce au cours d'une journée c'est terrible, même si on ouvre les yeux plus grands qu'à l'ordinaire c'est terrible ce vide, alors après moi j'en ai rien à secouer par exemple de brûler les étapes en disant "je t'aime" à la fille dont je suis amoureux, parce que je ne vois que ça pour ré-équilibrer le monde, et y a des soirs comme ça, où ça a terriblement besoin d'être ré-équilibré vous savez, parce qu'y a des choses dégueulasses qui se passent, et on ne peut pas dormir après, parce qu'on ne rattache ça à aucune compréhension sensible de ce qu'on voudrait que ce soit, quand même, la vie.Et ça sert à quoi d'être là si c'est si difficile d'influer sur les choses... Et puis aussi j'ai vu Jean-Vic aujourd'hui, et son "américaine" franchement c'est la pionnière des connes, moi déjà ça ne va pas du tout en ce moment mais lui ça allait encore moins cette après-midi, et vraiment la souffrance d'un ami c'est révoltant, ça donne envie d'être encore plus juste et de faire des actes très beaux pour eux, d'avoir des mots comme des fleurs incroyables vous savez, et qui persistent après dans les nuits noires. Et là, moi, ça ne va pas du tout, alors comme les églises sont fermées à ces heures impossibles, j'aimerai qu'on m'indique la façon la plus directe d'avoir une explication avec Dieu.  

 

 05.08.03   Il m'indique que la façon la plus directe d'arriver jusque chez lui est de descendre au métro Filles du Calvaire. Qu'il y aura quelques amis, des filles qu'il veut me présenter depuis longtemps (/ toujours), je peux venir accompagné, j'appelle David. Pour me convaincre tout à fait il me dit qu'on me raccompagnera en voiture, mais c'est toujours les mêmes promesses et après, vers deux heures du matin, tout le monde, là-haut, est trop torché pour me ramener. Stéphane n'avait pas l'air bien aujourd'hui, beaucoup d'attentes anxieuses, la jeune fille qu'il convoite depuis le dîner au Cannibale. Dans un mail il me nomme gentiment : "mon ami anorexique et insomniaque"; c'est vrai qu'en ce moment c'est pas beau à voir, on a pourtant fait une séance photo avec Mathieu, plus tôt dans la nuit, Passage des eaux. Alors après, quand la rame de métro s'arrête à la station Bonne nouvelle, je pense très fort à Stéphane. Je penserai à moi au retour, ou une autre fois. Je n'en parle pas mais hier matin il y avait de très belles lettres encore dans ma boîte de courrier électronique. Je pousse la grille, puis reviens sur mes pas. J'attends David devant l'entrée, pour ne pas qu'il soit embarrassé d'arriver seul alors qu'il ne connait personne. La chaleur assommante. Avec cette chaleur le chat est paf dans la cour, et le Christ aussi sur la croix fixée dans la chambre. Tout de suite je remarque une fille incroyable, eurasienne ; un débardeur blanc, de longs cheveux noirs, petits seins magnifiques qui ont l'air frais comme la recherche d'un verre d'eau que je trouve dans la cuisine et X ouvre le frigidaire et me dit qu'elle m'a gardé une part de tarte aux fraises, parce qu'elle sait très bien que je ne mange rien en ce moment, et que je dois me ressaisir absolument, elle me dit : je t'ai gardé ma part de tarte aux fraises, la mienne tu sais. Elle avait seize ans quand elle a commencé à lire mon Journal, et maintenant dix-neuf. David a une faim de loup, enfin, de rosbeef. En fait, on arrive un peu tard c'est ma faute, et il n'y a plus grand chose à manger, juste un saladier plein d'une salade froide de petits pois et riz, exactement la salade que ma maman préparait quand j'étais adolescent, pour les fêtes ou à midi même, l'été, et tout d'un coup ça me rend très triste, absolument triste, je note dans un coin de ma tête qu'il faut absolument que je dise à ma maman de me refaire de cette salade. Victoria m'engueule parce qu'à la date du 26.07.03 je l'ai appelé Anaïs, et elle me dit qu'elle ne s'appelle pas du tout Anaïs, que c'est un prénom de pétasse Anaïs, que quitte à lire un truc écrit sur elle, elle aurait aimé voir son vrai prénom, qu'elle n'a rien à cacher, qu'elle est même plutôt contente de m'avoir roulé (une pelle, pour mon anniversaire) et qu'elle est très volontaire par rapport à ça, au fait de m'avoir dit que je pouvais l'appeler à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Je lui dis que j'ai changé le prénom pour ne pas la brusquer, que ça m'arrive rarement mais je le fais par précaution, quand j'ai peur de brusquer. Victoria me souffle qu'elle aimerait justement que je la brusque - ses fins sourcils prennent des accents de défi - qu'elle connait des méthodes pour me guérir de tous mes chagrins - l'acupuncture, peut-être - qu'elle voudrait me faire dormir, mettre ma tête au frais de son corps, me faire sourire, me faire jouir, me faire manger, je ne sais plus dans quel ordre. Pour le sourire c'est gagné. David vient m'enlever, dit à Victoria qu'on ne dit pas des choses pareilles à un homme amoureux, et que de toute façon quand je suis amoureux, c'est incurable. Victoria joue les sceptiques, les boudeuses, puis les Erynnies, et de toute façon elle ne s'appelle pas vraiment non plus tout à fait Victoria. La chaleur est intenable, l'alcool est bu comme de l'eau ; fenêtres ouvertes béantes sur les balcons ; réverbérés dans la cour les petits cris de jouissance d'une voisine se confondent avec les gémissements d'un nouveau né ; la vie de toute façon. David est soulagé, sa nouvelle fiancée est revenue à la charge suite aux tiédeurs effarantes auxquels les garçons semblent soumis ces derniers temps. Je lui dit que je suis très heureux pour lui, et il me répond qu'il aime beaucoup cette fille : - Tu sais, je crois que les gens n'arrivent pas par hasard dans la vie. La première fois que je l'ai vue, je ne l'ai pas trouvée terrible, mais après, assez vite, j'ai su qu'elle me convenait parfaitement. La précédente fille avec qui j'étais, elle manquait foncièrement de poésie et d'intelligence. C'est dur ce que je dis. Mais c'est la vérité. Elle manquait d'attentions et de ce petit plus qui fait le sel de la vie comme on dit. J'ai vécu longtemps sous une chape de plomb, et maintenant, voilà cette fille qui me plaît et qui arrive au bon moment, avec légèreté. Tiens c'est comme toi Jérôme, je suis persuadé que tu n'arrives jamais par hasard dans la vie des gens... - Je suis trop poli pour ça.", dis-je.   

 

06.08.03    C'est l'été, je ne sais pas exactement quel âge j'ai sur la photo, enfant encore, et il y a une grande fête chez mes parents ; une fête qui réunit des amis lointains mais aussi tout le voisinage, une fête très bruyante, alors je suis prié d'aller dormir dans la grande maison d'à côté, avec deux petites filles très jolies dont les parents de l'une et de l'autre sont aussi de la fête, chez moi, retenus probablement jusqu'à une heure très avancée de la nuit.Sur la photo c'est l'instant où les deux petites filles qui avaient dû passer la première partie de la soirée seules dans la maison d'à côté, viennent me chercher. Elles sont déjà en pyjama et elles sont là pour m'emmener dormir dans cette grande maison vide, avec elles. J'ai moi aussi des pyjamas (hé oui), haut et bas, roulés en boule sous mon bras gauche, un livre dans la main - oui déjà, mais peut-être ni Marguerite (Duras), ni Jacques (Lacan) enfin j'en sais rien, je ne me souviens plus... - une tenue de soirée très ridicule, chemise bleue électrique et pochette impardonnable, et je souris bêtement parce que sans doute je viens de me prendre en plein visage la réflexion d'un connard d'adulte, du genre : "Hé bien tu ne vas pas t'embêter mon grand..." ou un truc encore plus grossier j'imagine, sur ma condition à venir, c'est-à-dire dormir seul avec deux filles dans la grande maison hantée d'à côté. Cette réflexion a sans doute embarrassé jusqu'à la honte l'enfant que je suis - toujours, pour ça - précipité mon sourire, adieux mes yeux verts, alors j'essaie de faire bonne figure, ce qu'on peut faire de mieux sur une photo ; à moins que ce ne soit la situation de la photo qui me fasse pieusement sourire ; à moins que ce ne soit pas du tout une photo, mais bien là, la représentation d'une scène biblique. Je me souviens à peu près de la suite. Je traverse les jardins dans l'obscurité me repérant aux étoiles dans le ciel, et au blanc de leur linge de nuit. Je pénètre avec les deux filles dans la maison, il y a un grand escalier au terme duquel on m'a préparé un lit frais et moelleux, il faut aller se laver les dents, les filles s'installent à califourchon sur mon lit ; là je ne me souviens pas bien : Est-ce que j'ai peur des fantômes ? Est-ce qu'elles deviennent cruelles et me forcent à me déshabiller, à enfiler mes pyjamas devant elles ? Est-ce qu'elles me harcèlent pour que je leur raconte un secret ? A un moment donné il faut dormir, chut, éteindre les histoires, fermer la porte. De ça je me souviens très bien par contre : au bout de dix minutes d'angoisse indescriptible dans la nuit noire hantée, j'allume la lumière, dévale les escaliers, ouvre grande la porte du bas, traverse à vitesse grand V les jardins et me retrouve sur le perron, devant chez mes parents, où un bruit de musique, de conversations et de verres qui s'entrechoquent inonde tout. Je sonne à la porte, plusieurs fois. Au bout d'un moment que je trouve très long, ma maman vient m'ouvrir, vaguement interloquée, je suis en larmes, dis que j'ai envie de rentrer, de dormir dans ma chambre, que ça ne fait rien pour le bruit, que je préfère être là, oui maman je pourrais dormir très bien parmi tout ce bruit ; je passe par la cuisine pour prendre une cuillère fraîche de salade de riz et de petits-pois, qui est une salade que maman prépare en été et que j'aime beaucoup ; je vais dans ma chambre, laisse la porte entrouverte sur le bruit infernal de la fête, mais je suis là si tranquille que je m'endors tout de suite. Pardon encore.   

 

07.08.03   Jean-Vic me cueille en bas de chez moi avec un sonore et théâtral : - Un mois et demi ! - Oui, dis-je, c'est terrible. Jean-Vic poursuit : - Be ready, be strong, camarade. De toute façon, je vais te dire, les vacances c'est une invention de droite pour saborder les grandes histoires d'amour ! Tu écris au moins ? - Les nouvelles chansons vont être terribles. A côté de ce qu'on prépare, The Boatman's call, ça va être de la rigolade ! - Oui, ce sera l'album drôle de Nick Cave ! Tiens, moi, ça va pas fort non plus. Hier j'étais complètement abattu, je sors du métro, je regarde le caniveau et je remarque deux petits courants d'eau, comme ça, tout chétifs, un qui va à la verticale et l'autre à la diagonale, et ils se touchent juste à un moment de leur parcours, juste à un seul moment, un millième de secondes peut-être, et après ils partent dans deux directions différentes. J'étais hypnotisé, comme un bêta devant le spectacle de ce caniveau, je me suis dit que c'était une belle métaphore des histoires entre les garçons et les filles ; j'étais complètement abattu devant ce spectacle quoi. - Oui, mais on ne va pas à l'amour comme on va au spectacle. Bon, on va boire un verre de vin, parce que manger, j'en ai vraiment pas la force. - Moi j'ai dîné d'une demi-tomate, dit Jean-Vic... - Et moi d'une cuillère de salade de riz et petits pois. A ce moment mon portable vibre (je ne mets jamais sur sonnerie, c'est trop grossier) ; c'est David : - Jérôme, faut que tu me sauves, je ne comprends pas cette fille, elle m'appelle et on parle, et patati et patata, et tout d'un coup elle me dit qu'elle trouve qu'il y a de la tension entre nous, dans nos rapports...C'est quoi ce délire ? De la tension entre nous...N'importe quoi ! - C'était par téléphone ? - Oui ? - Bon hé bien elle a simplement voulu dire qu'il y avait de l'attention entre vous. C'est cool, l'attention. Qu'est-ce qu'on peut vouloir de mieux ?- Ah d'accord, vu sous cet angle... D'accord."   

 

08.08.03   Je rechigne toujours à mettre des photos de moi, au présent ici, sur ce site, parce que ce n'est pas le lieu certainement, je veux dire ça n'a rien à voir avec ce qui se passe ici, ça n'a rien à voir avec l'écriture. Et puis après il y a eu tellement de rencontres, de moments et de travail avec des photographes, Töve et Mathieu récemment, que je pense ouvrir une section avec des photos, enfin j'attends un peu, je ne sais pas encore, je voudrais montrer le travail de Töve et de Mathieu avec moi, sans trop me montrer, il faut que je trouve une astuce, un compromis acceptable.   Là c'est une photo toute récente de la série que nous avons faite de nuit, Passage des eaux, mardi dernier, sous une chaleur accablante, la canicule extraordinaire de l'été 2003, vous savez. C'est une photo de la série de ce moment avec Mathieu, alors que nous parlions beaucoup des chansons, des nouvelles chansons, et de notre excitation à aller en répétition vendredi ; et puis c'est dans le Passage des eaux, un lieu très secret que j'ai fait découvrir à Mathieu quand nous avions marché de nuit, d'un concert au House of live, rue de la Boétie, jusqu'à la Maison de la Radio, pour donner une interview sur France Inter. Après, avec Mathieu, c'est très facile. Il suffit de s'appuyer à une rambarde, de laisser courir une main (egonschielienne), laisser fuir ses yeux doux, et Mathieu se charge de l'architecture de la photo et d'y donner une impulsion émotionnelle. C'est très facile. Avec Töve en studio c'était un moment religieux, ça a duré très longtemps peut-être cinq heures, et je restais là à regarder Töve, très belle, s'affairer autour de moi, à la voir travailler, tiraillée entre la volonté minutieuse d'utiliser au mieux toutes les possibilités du studio et l'urgence de bien faire par peur de me lasser, de m'épuiser, ce qui n'arriva pas. Les photos avec Töve c'est l'histoire de ce moment où je la regarde travailler - et pourtant, au final, on retiendra que c'est elle qui a regardé - et que ce soit avec Töve ou avec Mathieu, il y a une continuité en dehors de l'instant de la photo, de la séance même, une histoire avant et après, et c'est pour ça que ces photos m'intéressent, parce que je me souviens exactement de quelle était mon histoire, et de l'histoire de mes soucis en tête, au moment de ces photos, quelle était ma vie, j'ai des témoins humains pour ça, pour la consolation, je peux en parler.   

 

12.08.03   Elle me dit qu'elle avait seize ans quand elle a commencé à lire ce Journal, mais ça fait six mois peut-être qu'elle est dans ce processus, celui de l'attente maladive, chaque jour pratiquement, de son écriture. Elle a une lettre pour moi. Longuement reprise. L'arrivée nonchalante et impromptue de David par les battants de la cuisine la fait fuir. Je repose l'assiette glacée (qui sort du frigidaire) avec la part de tarte aux fraises quasi-intacte, une bouchée à peine. David a noté la fixité ardente de son regard, la beauté altière de son visage, qui ferait presque peur, d'insoumission aux vulgarités de l'existence. Il me demande quel âge elle a, d'où je la connais. 19 ans, et je connaissais sa soeur, en Histoire de l'Art. 19 ans et cela fait trois ans qu'elle lit mon Journal, mais on ne s'est revu que deux trois fois, toujours en coup de vent, en peu de mots, et sans facilité. David est songeur, il prend machinalement l'assiette avec la part de tarte aux fraises et commence à la dévorer, comme ça, à pleine dents, comme le font les garçons, sans la fourchette (glacée elle aussi). Trois jours après, sous les arcades du marché St-Germain Jean-Vic nous raconte, à David et à moi, la jolie histoire des photomatons. Qu'autrefois, au Lycée, il avait l'habitude de prendre des photomatons avec ses petites amies, une plaquette de quatre, et qu'à chaque fois qu'il changeait de petite amie, pour prouver à la nouvelle l'irréversibilité de son amour, il déchirait sous ses yeux les photomatons où figurait la fille qui l'avait précédée. Très efficace, ajoute-t-il. Nous voyons Sofie, je l'interroge sur sa boulimie de garçons, les histoires qu'elle n'ose pas trop me raconter, mais que je sais, par d'autres. - Et qu'est-ce qui te plait tant, dans le fait de collectionner les amants ? C'est quoi ? Est-ce leur corps ? - Non, me répond Sofie un peu interloquée mais songeuse, ce sont juste des jeunes hommes qui sont là, à un moment donné, sur mon chemin. - C'est quoi alors si ce n'est pas pour leur corps ? Est-ce le désir ? - C'est comme un jeu. Un jeu agréable. Mais je n'ai plus envie de ça. Ca renforce trop ma solitude. Je n'ai plus envie de ça maintenant. Maintenant j'ai envie d'une belle histoire d'amour. - Oui. Je comprends." David est complètement désemparé, les déclarations de rupture alternent avec les embrassades effrénées, il ne sait plus quoi penser ; trop d'inquiétudes.- Mais Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?- C'est quoi cette phrase ? me demande David. - Matthieu. - Mathieu, de ton groupe ? - Presque. Matthieu de l'Evangile." David me parle d'Agnès, j'ai remarqué qu'il semblait avoir beaucoup d'affection pour elle, l'autre soir. "C'est l'idéal, une fille comme elle" me dit-il tendrement. Oui. D'une beauté à la fois intransigeante et limpide, et elle est là, comme une barque pour Mathieu. Et c'est ce qu'on peut faire de mieux, être une barque pour la ou les personnes qu'on aime, essayer d'être une barque fiable et souveraine dans les courants provisoires ou profonds. Je suis à l'arrière de l'auto. David et Jean-Vic sont devant, les fenêtres grandes ouvertes mais l'air de la nuit est plus chaud encore que dans la journée, aucun répit, aucune issue, on étouffe. Pareil mon père l'autre jour dans ce restaurant du centre commercial ; il semblait requinqué en sortant de l'hôpital, mais ça n'aura été que de courte durée, et là au restaurant il s'étouffe à chaque bouchée, à chaque gorgée de vin rosé, c'est très dur, j'ai sept huit ans à chaque fois, comme le jour où il a eu un infarctus subitement dans l'entrée de la maison, je suis seul à chaque fois, je n'ai ni frère ni soeur, et je ne sais pas comment m'y prendre. On pourrait rentrer par la rue de Sèvres, puis la rue de la Convention, le plus rapide ; mais je demande à David de passer par le boulevard Raspail. J'ai très envie de passer par le Boulevard Raspail, la rue du Bac et les quais. Je n'ai pas pris la lettre en question l'autre soir. Après il n'y a plus eu de moment où me donner cette lettre. Happé ensuite, sollicité dans l'appartement, d'une conversation l'autre. Toujours en coup de vent, en peu de mots, et sans facilité. Il n'y a pas eu de moment. J'ai évité, je suis parti comme Boucle d'or de la maison des trois ours, sans que tu puisses me donner la lettre. J'ai dévalé les escaliers, ouvert grande la porte du bas, traversé à vitesse grand V les jardins. Je n'aurais pas su quoi faire de cette lettre. Pardon encore.   

 

13.08.03   Les feuilles des arbres séchées tapissent le sol, il n'y aura pas d'automne cet automne ; hier matin une jeune femme très belle, grande, longs cheveux bruns, à l'accueil - au standard comme on dit à Cognaq-Jay - chez Warner Chappell ; les feuilles des arbres craquent sous le pas pesant, sans volonté, de l'été ; la place Jean Lorrain il faut la voir il n'y aura pas d'automne cette année, plus assez de feuilles pour adoucir la chute, plus assez de rouge pour vous maquiller aux fenêtres et barbouiller vos départs, il n'y aura plus de saisons intermédiaires dans la vie, plus de cachotteries et de rires étouffés quand s'avancera l'amour, on passera directement de l'été à l'hiver, il n'y aura plus assez de feuilles pour vous écrire que je vous aime, les arbres n'auront plus la cote, ils ne signifieront plus rien ; il n'y aura plus de forêt pour longer le retour de l'ami ; la cabine téléphonique de la rue Courty hé bien elle disparaîtra comme les autres bientôt sous le joug des commodités ce sera un objet obsolète, et une fille que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam me pissera sa voix chaude à l'oreille, oui un objet obsolète on en débitera des façades amovibles de portables comme on fait du papier avec les arbres et du vieux con avec les jeunes hommes hé oui, tiens, cette fille l'autre soir sur le balcon me demandait ce que je pense de Paris, des soirées de Paris, et je lui ai dit : Je pense que c'est une ville très dure où le désir malgré la surenchère est toujours au rabais ; il n'y aura plus d'automne cet automne et c'est la saison que je préfère, pour les jardins du Luxembourg vous savez, non vous ne savez rien, vous êtes à Saint-Tropez mais je m'en fous, je vous aime, je vous aime, je vous aime.   

 

17.08.03   Très fatigué ces temps-ci. Mes paupières se ferment en un clin d'oeil. Je reste en éveil comme je peux, cramponné à mon pupitre. Je ne sais pas pourquoi elle tient absolument à m'appeler Jeremy. Au début c'était marrant, c'était une bonne introduction, ludique, mais au bout de quelques semaines ça commence à friser le ridicule. Bernard s'appelle Beurned, enfin c'est comme ça qu'elle le prononce, et nous aussi, du coup, on y est obligé. Stéphane s'appelle Stephen ; il n'y a que Philippe qu'on continue à appeler Philippe. Sur Hunter Street, the butcher's name is Mister Crooks. Audrey commence à se rapprocher de Stéphane, je peux observer ça à loisir, d'où je suis. Et puis hier j'ai été élu délégué à l'unanimité, c'est la classe.   

 

18.08.03   Je suis très fatigué mais sans doute aussi parce que je n'arrive plus à aller dormir. J'ai peur d'aller me coucher, quand il le faudrait assurément, vers une ou deux heures du matin. La salle s'est vidée d'un quart, ceux qui font allemand sont partis dans une autre salle au bout du couloir. Ca a fait l'objet de tractations au début, mais comme ceux qui font allemand sont moins nombreux, allez raouste, au bout du couloir. Donc la classe s'est un peu réorganisée et, à la surprise générale, Audrey est venue s'installer à côté de Stéphane. On sait comment ça commence : j'ai oublié mon cahier d'exercices Hunter Street est-ce que je peux m'asseoir près de toi et peux-tu déplier ton cahier au milieu, et puis après comme par enchantement on se retrouve côte à côte en gym sur le trajet jusqu'au stade, et on ralentit le pas, et puis quand il s'agit d'endurance, de se taper la terrasse de Saint-Germain-en-Laye en plein soleil, y a plus personne. Sur un petit magnéto K7 on entend la voix appuyée de madame Crooks qui cherche son mari pour couper le rosbeef. On finira la séance par chanter la chanson : O when the saints go marching in. On commence aussi de plus en plus à soupçonner Philippe d'être le seul à avoir gardé son prénom, Philippe, parce que c'est nulle autre que sa mère qui est notre prof d'anglais. Bunny, ou plutôt Bénédicte, est venue m'en toucher un mot à la récré, comme quoi je devrais soulever le problème au conseil de classe ; j'ai balayé ça d'un revers de la main, évidemment. J'ai très peur d'aller dormir, le soir, vous savez. En fait je pense que je ne vais plus dormir aussi à cause de ça. Parce que ça fait deux matins consécutifs que je me réveille en classe de sixième orange.   

 

21.08.03   Mon père, comme un enfant apeuré puis las déjà du risque, englouti dans sa maigreur et la puissance insoutenable, irréversible, de la maladie ; dans cette chambre d'hôpital - encore un différent, selon la place - chambre aux fenêtres grandes comme les fenêtres d'une salle de classe. Très dur cette après-midi ; son corps qui s'organise, se perd, brouille et trahit la familiarité apaisante autour de la plaie vive, sanguinolente au niveau de la gorge. Quand il veut parler c'est fini, on n'entend plus rien, un bruit de souffre, alors il écrit avec un stylo rouge qu'a trouvé ma maman dans son sac, mais très vite ça le répugne d'écrire, ça l'avilit d'écrire, oui il ne faut pas écrire. Il veut parler, absolument parler ; et ne peut pas.   Alors il faut écrire. Mon papa écrit qu'ils l'ont bien charcuté, et qu'il a peur de la prochaine fois, que demain ce soit pire encore. Je ne me réveille plus en classe de sixième orange vous savez ; quand bien même, je sais que j'ai oublié mon cahier d'exercices et qu'il n'y aura bientôt plus de place où me mettre.   Audrey ne s'est pas rapprochée de Stéphane, il faudra attendre la cinquième bleue, ou même la quatrième orange, allez la troisième orange ou que ça ne se fasse jamais parce qu'ensuite, tout le monde s'en va, séparé vers des lycées différents et des vies en créneau ou en bataille. Et les histoires reprennent. Bastille, rue de Charonne, je dîne au Pause-Café avec David ; il tombe en adoration devant la serveuse aux yeux clairs ; il me dit qu'il faut profiter, que nous sommes bien peu de choses dans cette vie qui passe et qu'il faut profiter. Oui, bien peu de choses sur les épaules de la Fortune, mais profiter de quoi ?   D'instants qui ne doivent pas rester sans mémoire.   

 

25.08.03   Bras dessus bras dessous de ferraille du pont Mirabeau, le crépuscule est un lac. Oui, je suis accoudé à la balustrade comme dans une toile d'Edward Munch. Sauf que je n'ai pas de chapeau blanc. Il n'y a que le pont suspendu, de rares voitures, aucune après, et des figures géométriques de lumière, enviables dans les immeubles du front de Seine. Je viens de la quitter mais c'est toujours elle ; ne me demandez pas pourquoi. Mon portable vibre - de toute façon puisque le coeur est sonné. C'est Jean-Vic qui vivote à Quiberon dans un ennui mi-rohmerien mi-flaubertien : - Bon, cette année c'est nul ! Du coup je rentre plus tôt, on se voit demain. Je vais couvrir le festival Rock en Seine. - Ah oui, il y a P.J. Harvey, dis-je d'une voix particulièrement claire, ensoleillée - ce qui, en ce moment, est assez rare pour être souligné. - Je vais peut-être l'interviewer, on s'y prend un peu tard, mais je vais essayer... - Ah. Tu peux lui demander un truc, pour moi ? - Oui mais tu sais, si je l'interviewe, c'est pour Rock'n Folk, dit Jean-Vic que j'entends allumer le bâton friable d'une cigarette. - Ah oui. C'est dommage. Parce que... ce que j'aimerais savoir quand même, c'est pourquoi elle ne revient pas... je veux dire...quand Nick Cave écrit le Boatman's call, pourquoi elle ne revient pas, de l'ouest, là... elle a pris son train pour l'ouest, ok les voyages forment la jeunesse, mais quand elle entend le Boatman's call, pourquoi elle ne revient pas... ça ne sert donc à rien d'écrire The Boatman's call ? - ... - Non parce que si elle ne revient pas, si ça ne sert à rien d'écrire The Boatman's call, on ne peut croire en rien...je veux dire, en rien du tout tu sais, pas même en l'existence de... - Du calme Jérôme. De toute façon P.J. Harvey maintenant elle sort avec le chanteur de Queens of the stone age, un rouquin qu'y a un peu la touche d'Elvis Presley. Alors Nick Cave, bon c'est pas grave, il s'en remettra. Il s'en remettra facilement. Elle est pas partie en Amérique, elle ! - Oui la vie est dure, dis-je. - Dure comment, tu dirais ? - Dure comme cent grammes de fraises Tagada achetées un dimanche après-midi dans la seule épicerie ouverte de la rue Olivier de Serres."   

 

26.08.03   - La première fois que je t'ai rencontré, me dit David, ça faisait trois jours que Gainsbourg était mort, et tu disais : J'ai un ami qu'y est mort, j'ai perdu un pote... - Mais non ! N'importe quoi ! J'ai jamais dit ça ! - Si je t'assure, c'était à une soirée...mais t'étais encore un ado, t'étais touchant quoi. - Je n'ai jamais dit ça. - Si mais c'était touchant parce que tu l'as pas dit tout de suite ; ça allait pas. On voyait que ça allait pas mais tu n'as rien dit tout de suite. T'as attendu, je sais pas moi, le dessert. Et bon tu te souviens pas ? je t'avais parlé à l'époque... je t'avais dit qu'il faut philosopher, qu'il avait écrit son oeuvre... Mais mine de rien, ça m'avait frappé parce que quelques jours après j'étais allé sur sa tombe, là, à Montparnasse." A ce moment la serveuse du Coolin apporte à David un deuxième verre de cidre et pour moi un café (noisette) et, quand elle a débarrassé le plancher, David dit : - Je lui mettrai bien une main au cul, parce que je suis comme ça, un instinctif." Puis David (se) reprend : - Bon on parlait de quoi avant... ah oui, P.J. Harvey, donc Jean-Vic va interviewer P.J. Harvey ? - Il ne sait pas encore. Mais ce que j'aimerais savoir c'est ça, c'est quand elle entend les chansons du Boatman's call, pourquoi elle ne revient pas ? - C'est toi-même qui l'a dit : elle a pris son train pour l'Ouest. Alors bon on ne saute pas d'un train en marche, on peut prendre un train en marche, selon l'expression, mais pas sauter d'un train en marche... - Mais si justement, parce que dans ce cas-là, sauter du train en marche c'est en quelque sorte prendre le train en marche... - Hum. Tu veux pas rapidement finir ton café qu'on puisse rappeler la serveuse... - "All my tears cried against her milk-white throat" - Bon, hé bien tu parles anglais c'est bien, ça va nous aider avec la serveuse du Coolin... - Ce que je veux dire c'est que quand on écrit ça, quand Nick Cave écrit "All my tears cried against her milk-white throat" elle ne peut que sauter du train en marche non ? Rien que pour cette phrase : "All my tears cried against her milk-white throat". Parce que si ça ne sert à rien d'écrire le boatman's call, c'est la fin de tout tu sais, on ne peut plus écrire, on ne peut plus croire en rien. On ne peut plus croire en l'existence de... - Attends, chut, la serveuse revient, tu vas l'effrayer... S'il vous plait mademoiselle on peut avoir un autre verre de...tu veux quelque chose, non ?- Non merci. - Alors juste un autre verre de cidre s'il vous plait. Et vous êtes irlandaise ou anglaise ? Ah d'accord, merci. La serveuse s'éloigne. - Tu as vu comme elle a rougit. C'est trop mignon. Alors tu imagines une main au cul comme le rougissement doit être exponentiel... Jérôme ? Jérôme ?"  

 

27.08.03   Invité au concert de Nolderise au Nouveau Casino. J'aime beaucoup le morceau qui s'appelle : Glory pacific. Il y a une fille dont le bronzage commence à décatir, et je pense : Est-ce qu'après de grandes brûlures le coeur se met à peler ? Christian me téléphone depuis la Suède. Il s'est enfin mis avec cette fille, avec qui il était sorti une première fois il y a quelques mois, et puis il l'avait jeté, et puis il l'a rappelé - vous savez, les garçons - et cette fois elle lui a fait comprendre dès le départ qu'elle ne passerait à la casserole qu'à condition qu'ils se mettent en couple officiellement. Alors pour Christian qui s'est toujours lassé des filles au bout de deux jours, c'est un peu nouveau, inédit même, ce scénario : - Bon ça va, lâche-t-il timidement. Comme j'en avais marre des agonies stériles, avec elle ça va : c'est pas le truc où je suis malheureux comme avec d'autres pétasses, et elle me prend pas trop la tête. - Hum. Grande définition de l'amour, dis-je. - Hé ho, minute papillon, qui a parlé d'amour ? ! Mais tu as mieux peut-être ? - Oui. L'amour c'est très dur et en même temps il ne faut pas montrer que c'est très dur ; c'est très dur. - Bon enfin moi je suis pas le meilleur amoureux du monde, parce que là on était à une fête ensemble samedi, et j'ai déjà embrassé une de ses copines dans tous les coins imaginables. Parce que je sais pas ce que j'ai en ce moment, mais j'ai un succès monstre ! Sûrement parce que je suis cool. Je me suis rendu compte que j'avais beaucoup plus de succès en étant cool plutôt qu'en jouant comme autrefois le type qui assure et gagne plein de fric. - Certainement, dis-je, certainement. - Bon enfin pour l'instant avec cette fille, ça a l'air de marcher. Sauf que, je ne sais pas si tu connais ça, mais comme maintenant elle est ma petite copine, elle s'attend à ce qu'on se parle au moins une fois par jour au téléphone. Et puis c'est pas une demi-heure ! C'est bien une heure à chaque fois ! En plus, moi, le téléphone, à part toi, ça me saoule rapide ! Alors je suis là, au bout de la ligne, et je dis presque rien tandis qu'elle elle continue à papoter. C'est terrible. J'ai pas encore rencontré ses amis mais je connais tout sur eux. Elle me raconte leur vie et sa vie à elle, tout le temps. C'est comme un feuilleton ! Bon, mais revenons à ton histoire de train là, je comprends rien, donc elle a pris le train pour l'Ouest, et alors ? Qu'elle se casse, y en a d'autres. - Non mais Christian, ce que je ne comprends pas c'est pourquoi P.J. Harvey ne revient pas. Quand elle entend ça : "All my tears cried against her milk-white throat" pourquoi elle ne revient pas immédiatement. Enfin je veux dire, si elle ne saute pas d'un train l'autre ça ne sert à rien d'écrire ça. C'est inutile et surtout ça va contre tout, après on ne peut plus croire en l'existence de... - Excuse-moi de te couper, mais de toute façon P.J. Harvey moi je la trouve pas terrible. Je préfère Hope Sandoval ! Alors tu vois, y a de l'espoir."   

 

30.08.03   

 

Avec ses tuyaux partout 

Je ne sais pas si mon père va bien 

Je sais juste qu'il ressemble ce matin 

Au Centre Georges Pompidou.